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Initiez-vous Ă  l’Histoire de l’Art ! 🎨

Le rendez-vous hebdomadaire de Thomas, professeur Ă  l’atelier d’arts plastiques et confĂ©rencier.

Ces temps de confinement, d’espace clos, de temps suspendu…ont quelque chose du climat des tableaux d’Edward Hopper et ses images circulent sur le net…Cela tombe bien, j’avais choisi de vous le prĂ©senter aujourd’hui.

🔍 Edward Hopper (1881-1967), a une formation de graphiste (comme Magritte, Vasarely, Warhol…) et a dĂ©butĂ© dans le dessin de presse. Rien n’est anodin en art, la prĂ©cision narrative glacĂ©e et prĂ©cise de ses images style « couverture de roman de gare » font partie de sa vision. Un Ă©tĂ© dans le port de Gloucester, le jeune Hopper a retournĂ© son chevalet pour peindre les baraques sordides des ouvriers italiens au lieu des voiliers et la mer.
« C’est ça l’AmĂ©rique ! « , s’est Ă©criĂ©e la critique, il Ă©tait lancĂ©…

 

đź–Ľ Cap Cod Morning (1950)
Une femme debout contemple le monde dans la lumière du matin. C’est la femme du peintre dans leur maison de Cap Cod. AppuyĂ©e sur ses mains, tendue en avant vers la lumière, dans un geste spontanĂ©.
Pourtant tout est glacĂ©, figĂ©. Le jardin, herbe jaune, arbre alignĂ©s, ciel bleu, sont lisses, irrĂ©els….Un monde de théâtre, de cinĂ©ma, un dĂ©cor…DĂ©cor standardisĂ© d’un monde qui a perdu sa rĂ©alitĂ©, dĂ©finitivement.
đź–Ľ New York office (1962)
Hopper avait voyagĂ© en Europe, il cite souvent Vermeer, dentelière devenue couturière, ici liseuse en secrĂ©taire de bureau. Le temps suspendu est ici brutal, l’espace est coupĂ© par les deux diagonales des ombres et le rebord du trottoir. Le dĂ©cor urbain est glacial. La femme s’expose au regard violemment, dans une sorte d’aquarium. Comme dans Cap Cod Morning, la vitre isole la femme et la change en spectacle, en objet. On devine presque le physique ordinaire derrière la coiffure « Marilyn », le maquillage, la robe stĂ©rĂ©otypĂ©e et, dĂ©jĂ , dĂ©modĂ©e. Marilyn, qui mourra la mĂŞme annĂ©e, le 5 aoĂ»t.
đź–Ľ Room by the see (1951)
Les vues d’intĂ©rieur radicalisent le dĂ©tournement du regard. Le mur du couloir occupe tout le centre du tableau, on y retrouve la diagonale de l’ombre. L’appartement Ă  gauche est bien vivant, cossu mais Ă  peine visible. La mer Ă  droite, Ă©trange, ressemble a un tissu. C’est la lumière blanche qui semble ĂŞtre le sujet, comme l’Ă©piphanie de cette scène ou rien ne se passe.

Il y a un paradoxe de l’art de Hopper: OpposĂ© au cubisme et Ă  l’abstract painting de l’Ă©cole de New York, il se veut un peintre amĂ©ricain rĂ©aliste, classique. Pourtant, il donne de « l’american way of life » une vision impitoyable, qui inspirera le Pop Art.